{"id":811,"date":"2018-05-27T17:36:49","date_gmt":"2018-05-27T17:36:49","guid":{"rendered":"http:\/\/euromenaenergy.com\/?p=811"},"modified":"2018-05-27T17:36:49","modified_gmt":"2018-05-27T17:36:49","slug":"un-envoye-tres-special","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/emimer.com\/?p=811","title":{"rendered":"UN ENVOY\u00c9 tr\u00e8s sp\u00e9cial"},"content":{"rendered":"<div class=\"\" data-block=\"true\" data-editor=\"5iuhj\" data-offset-key=\"a3oi8-0-0\">\n<div class=\"_1mf _1mj\" data-offset-key=\"a3oi8-0-0\">\n<p><strong>UN ENVOY\u00c9 tr\u00e8s sp\u00e9cial<\/strong><\/p>\n<p>Dans la poudri\u00e8re du Golfe o\u00f9 la guerre couve entre le Qatar et l\u2019Arabie saoudite, Emmanuel Macron s\u2019est trouv\u00e9 un guide atypique : un diplomate arabophone, pieux et royaliste. SOPHIE DES D\u00c9SERTS a rencontr\u00e9 cet oiseau rare, dont les confidences \u00e9clairent quarante ans de relations tr\u00e8s particuli\u00e8res.<\/p>\n<p>ILLUSTRATION\u00a0<strong>LAUR\u00c9NE IPSUM<\/strong><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-large wp-image-812\" src=\"http:\/\/euromenaenergy.com\/wp-content\/uploads\/2018\/05\/vanfairfr1805_article_064_01_012-1024x691.jpg\" alt=\"\" width=\"640\" height=\"432\" srcset=\"https:\/\/emimer.com\/wp-content\/uploads\/2018\/05\/vanfairfr1805_article_064_01_012-1024x691.jpg 1024w, https:\/\/emimer.com\/wp-content\/uploads\/2018\/05\/vanfairfr1805_article_064_01_012-300x202.jpg 300w, https:\/\/emimer.com\/wp-content\/uploads\/2018\/05\/vanfairfr1805_article_064_01_012-768x518.jpg 768w, https:\/\/emimer.com\/wp-content\/uploads\/2018\/05\/vanfairfr1805_article_064_01_012-1536x1036.jpg 1536w, https:\/\/emimer.com\/wp-content\/uploads\/2018\/05\/vanfairfr1805_article_064_01_012-2048x1382.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 640px) 100vw, 640px\" \/><\/p>\n<p><strong>SABLES MOUVANTS Mohammed Ben Salman, prince h\u00e9ritier d\u2019Arabie saoudite, et Tamim Al-Thani, \u00e9mir du Qatar, deux jeunes souverains dont le conflit menace la stabilit\u00e9 du Golfe. En arri\u00e8re-plan, le regard de Bertrand Besancenot, conseiller diplomatique du gouvernement fran\u00e7ais.<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>C\u2019est une curiosit\u00e9, presque une antiquit\u00e9 en Macronie. Il vient de l\u2019ancien monde, ambassadeur \u00e0 cravate soyeuse et chevali\u00e8re, pieux catholique, de droite, engag\u00e9 pour Fran\u00e7ois Fillon durant la campagne pr\u00e9sidentielle. Son patronyme, le m\u00eame que le facteur gauchiste du NPA, a toujours fait sourire au Quai d\u2019Orsay. Besancenot, Bertrand de son pr\u00e9nom, n\u2019a rien d\u2019un r\u00e9volutionnaire ; tout juste s\u2019il ne souhaite pas le retour de la monarchie. Le genre de sp\u00e9cimen dont, a priori, ne raffole pas Jupiter.<\/p>\n<p>Le diplomate se pr\u00e9parait ainsi \u00e0 une fin de carri\u00e8re paisible, au bout d\u2019un couloir poussi\u00e9reux du minist\u00e8re des affaires \u00e9trang\u00e8res. Adieu les postes exaltants au Qatar et en Arabie saoudite o\u00f9 il est rest\u00e9 plus de neuf ans, du jamais vu dans les annales. Il fait un peu gris en France, mais un matin d\u2019ao\u00fbt 2017, le t\u00e9l\u00e9phone sonne. L\u2019\u00c9lys\u00e9e demande \u00e0 le voir. \u00c0 peine \u00e9lu, Emmanuel Macron a tent\u00e9 de nouer des liens avec les dirigeants du Golfe qui s\u2019affrontent dans une crise sans pr\u00e9c\u00e9dent. Mohammed Ben Salman, dit \u00ab MBS \u00bb, le nouvel homme fort du royaume saoudien, a 32 ans ; l\u2019\u00e9mir du Qatar, Tamim Al-Thani, 37. Quelques affinit\u00e9s, au moins g\u00e9n\u00e9rationnelles, pouvaient na\u00eetre&#8230; Le pr\u00e9sident les a appel\u00e9s, ainsi que leurs voisins. Mais au Moyen-Orient, tout se tisse lentement.\u00a0<em>\u00ab Time consuming,<\/em>\u00a0sans r\u00e9sultat \u00bb, a d\u00e9plor\u00e9 Macron devant ses \u00e9quipes. Il veut au plus vite un envoy\u00e9 sp\u00e9cial dans la poudri\u00e8re, quelqu\u2019un susceptible d\u2019\u00e9teindre le feu entre l\u2019Arabie saoudite et le Qatar, deux partenaires strat\u00e9giques pour la France, grands acheteurs de mat\u00e9riel militaire. On lui souffle qu\u2019il n\u2019y en a qu\u2019un pour cette mission d\u00e9licate, un diplomate arabophone intimement li\u00e9 \u00e0 la famille royale qatarie et tout aussi connect\u00e9 au c\u0153ur du pouvoir saoudien. Il conna\u00eet mieux que personne l\u2019histoire et la psych\u00e9 de ces riches b\u00e9douins wahhabites, ce qui les unit, les divise, ce qu\u2019ils pensent secr\u00e8tement de la France et de ses dirigeants. Besancenot, voil\u00e0 l\u2019homme qu\u2019il lui faut. \u00ab Macron a \u00e9t\u00e9 droit au but, confie le diplomate. Il avait lu mes notes sur la situation dans le Golfe, la nouvelle donne en Arabie saoudite depuis l\u2019arriv\u00e9e au pouvoir du roi\u00a0Salman et de son fils MBS, leur volont\u00e9 d\u2019isoler le Qatar. C\u2019est un homme politique intelligent, pragmatique, soucieux d\u2019aller vite. \u00bb En un quart d\u2019heure, la d\u00e9cision \u00e9tait prise, Besancenot, nomm\u00e9 conseiller diplomatique du gouvernement. Il serait le guide du pr\u00e9sident dans les sables mouvants du Golfe.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>Ne n\u00e9gliger aucun levier, jamais. \u00ab La diplomatie Whatsapp fonctionne aussi \u00bb, observe-t-il, l\u2019\u0153il joueur point\u00e9 sur la coupole dor\u00e9e des Invalides, comme pour faire oublier la modestie de son petit bureau du Quai d\u2019Orsay. Complet gris clair, poignets tenus par des boutons de manchette, Bertrand Besancenot saisit son t\u00e9l\u00e9phone et d\u00e9roule les derniers messages de MBS, le trentenaire enfi\u00e9vr\u00e9 qui secoue la p\u00e9ninsule arabique. Il l\u2019a connu \u00e0 20 ans, beau gar\u00e7on, courtois, dans l\u2019ombre de son p\u00e8re, Salman, alors gouverneur de Riyad. Une fois intronis\u00e9 en 2015, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 79 ans, le souverain a propuls\u00e9 son fils ministre de la d\u00e9fense, chef de la maison royale et, enfin, prince h\u00e9ritier. \u00ab MBS a toujours \u00e9t\u00e9 le pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 du roi, souligne Besancenot. Le moins am\u00e9ricanis\u00e9 de ses nombreux enfants, celui qui n\u2019a pas fait d\u2019\u00e9tudes aux \u00c9tats-Unis, mais une licence de droit \u00e0 la King Saud University. \u00bb Personne n\u2019avait pr\u00e9dit une telle ascension. MBS est en phase avec la jeunesse d\u2019un pays o\u00f9 deux tiers de la population a moins de 30 ans ; il a compris la soif de changements, devenue imp\u00e9rieuse apr\u00e8s la chute des cours du brut. Les d\u00e9ficits se creusent, l\u2019oisivet\u00e9 subventionn\u00e9e n\u2019est plus tenable. L\u2019h\u00e9ritier s\u2019est impos\u00e9 d\u2019une main de fer, r\u00e9formant \u00e0 tout-va, l\u2019\u00e9conomie (son plan \u00ab Vision 2030 \u00bb pr\u00e9voit des privatisations, des projets futuristes sur la Mer rouge&#8230;), le sort des femmes (qui ont d\u00e9sormais le droit de conduire et d\u2019aller au cin\u00e9ma), sans oublier d\u2019\u00e9liminer ses opposants, au prix d\u2019une vague d\u2019arrestations sans pr\u00e9c\u00e9dent, dite \u00ab anticorruption \u00bb, jusque dans sa famille. M\u00eame d\u00e9monstration de force \u00e0 l\u2019\u00e9gard des voisins : l\u2019Iran chiite, l\u2019ennemi supr\u00eame, menace pour son h\u00e9g\u00e9monie r\u00e9gionale, le Y\u00e9men o\u00f9 il poursuit une guerre sanglante et, plus r\u00e9cemment, le Qatar.<\/p>\n<p>Le petit-cousin, jadis docile, s\u2019est pris pour un grand avec sa diplomatie agressive, port\u00e9e par sa cha\u00eene Al-Jazeera et son soutien aux Fr\u00e8res musulmans, honnis de l\u2019Arabie saoudite. MBS veut le mettre \u00e0 terre. Le sage prince est devenu guerrier. Besancenot suit de pr\u00e8s sa m\u00e9tamorphose. Il a gard\u00e9 le fil, \u00e9change avec lui des textos, dont il ne d\u00e9voile que des bribes, \u00e0 condition de les tenir secr\u00e8tes. Le devoir de r\u00e9serve l\u2019oblige. MBS \u00e9crit sans mani\u00e8re, direct, cash. Il ne tol\u00e8re aucune le\u00e7on, d\u2019autant qu\u2019il peut compter sur son nouvel ami, Donald Trump, et sur ses voisins, les \u00c9mirats arabes unis, le sultanat d\u2019Oman et le Kowe\u00eft, align\u00e9s sur ses positions au sein du conseil de coop\u00e9ration du Golfe (CCG). \u00ab La voie est \u00e9troite, conc\u00e8de Bertrand Besancenot. Mais il faut r\u00e9p\u00e9ter\u00a0<em>ad nauseam<\/em>\u00a0que la prolongation de la crise est d\u00e9l\u00e9t\u00e8re pour tous, que le monde des affaires d\u00e9teste plus que tout l\u2019incertitude. \u00bb<\/p>\n<p>Pour l\u2019instant, MBS continue sa politique de pression sur Doha, qu\u2019il accuse de tous les maux, et d\u2019abord de soutenir des organisations terroristes, comme Daech. La guerre de l\u2019information s\u2019embrase dans chaque camp, \u00e0 coups de\u00a0<em>\u00ab fake news \u00bb,<\/em>\u00a0d\u2019e-mails pirat\u00e9s. Le blocus terrestre, maritime, a\u00e9rien impos\u00e9 au Qatar par le CCG est maintenu. L\u2019\u00e9mirat enrage, l\u2019inflation grimpe, des produits manquent, des vaches ont m\u00eame \u00e9t\u00e9 import\u00e9es d\u2019Australie pour \u00e9viter une p\u00e9nurie de lait. Le Qatar cherche de nouveaux appuis en Turquie, en Iran, renfor\u00e7ant encore les foudres de MBS. Besancenot a plaid\u00e9 pour que Macron le rencontre, en novembre 2017, auretour de l\u2019inauguration du Louvre d\u2019Abou Dhabi. Il fallait au plus vite faire connaissance, engager le dialogue et n\u00e9gocier la lib\u00e9ration du premier ministre libanais, Saad Hariri, alors d\u00e9tenu \u00e0 Riyad. Le pr\u00e9sident fran\u00e7ais a effectu\u00e9 un arr\u00eat dans la capitale saoudienne, court mais prometteur. De son c\u00f4t\u00e9, le diplomate a entam\u00e9 une discr\u00e8te tourn\u00e9e dans le Golfe. \u00ab Je leur ai dit \u00e0 tous : \u201cFaites attention, cette crise profite surtout \u00e0 l\u2019Iran, avec un risque d\u2019emballement g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9.\u201d \u00bb<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-large wp-image-813\" src=\"http:\/\/euromenaenergy.com\/wp-content\/uploads\/2018\/05\/vanfairfr1805_article_064_01_022-1024x586.jpg\" alt=\"\" width=\"640\" height=\"366\" srcset=\"https:\/\/emimer.com\/wp-content\/uploads\/2018\/05\/vanfairfr1805_article_064_01_022-1024x586.jpg 1024w, https:\/\/emimer.com\/wp-content\/uploads\/2018\/05\/vanfairfr1805_article_064_01_022-300x172.jpg 300w, https:\/\/emimer.com\/wp-content\/uploads\/2018\/05\/vanfairfr1805_article_064_01_022-768x439.jpg 768w, https:\/\/emimer.com\/wp-content\/uploads\/2018\/05\/vanfairfr1805_article_064_01_022.jpg 1198w\" sizes=\"auto, (max-width: 640px) 100vw, 640px\" \/><\/p>\n<p><strong>MISSI DOMINICI Bertrand Besancenot \u00e0 Riyad, lors de la signature en 2008 d\u2019un accord entre Veolia et la compagnie saoudienne de distribution d\u2019eau.<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>\u00ab Je visite la suite, il y avait des fleurs de lys peintes dans la cuvette des toilettes. Un Qatari murmure fi\u00e8rement : \u201cOn nous a dit que votre pr\u00e9sident descendait de Louis XV !\u201d \u00bb<br \/>\nBERTRAND BESANCENOT (CONSEILLER DIPLOMATIQUE DU GOUVERNEMENT)<\/em><\/p>\n<p><strong>Ventes d\u2019armes et chasses aux faucons<\/strong><\/p>\n<p>Bapt\u00eame du feu : Doha, 1978, parce que le nom lui plaisait bien. \u00ab Je l\u2019avais entendu \u00e0 la radio dans une r\u00e9clame pour la Middle East Airlines, se souvient Besancenot. Doha, c\u2019\u00e9tait doux, exotique. \u00bb Il a senti un parfum d\u2019orient, celui de son enfance libanaise dans les ann\u00e9es 1960.Le p\u00e8re dirigeait une compagnie d\u2019assurances \u00e0 Beyrouth. La belle vie, l\u2019\u00e9cole j\u00e9suite avec Herv\u00e9, son fr\u00e8re jumeau, une bonne adorable qui leur apprit l\u2019arabe et les d\u00e9lices du Chouf ;inoubliables balades dans les montagnes \u00e0 dos d\u2019\u00e2ne et ces apr\u00e8s-midi de plage o\u00f9 des diplomates en lin devisaient, whisky en main, jusqu\u2019au coucher du soleil. \u00ab C\u2019est cette image qui m\u2019a donn\u00e9 envie d\u2019\u00eatre ambassadeur, songe Besancenot. Si j\u2019avais su&#8230; \u00bb Il n\u2019a pas pris la voie royale, vir\u00e9 de Sciences Po Paris, comme son jumeau, en raison de leurs chemises \u00e0 fleurs de lys et de leurs dissertations royalistes, baroques au lendemain de mai 1968. Les deux fr\u00e8res, dipl\u00f4m\u00e9s de droit, \u00e9tudi\u00e8rent aux Langues O\u2019, avant de d\u00e9crocher le concours du Quai d\u2019Orsay.<\/p>\n<p>\u00c0 26 ans, Bertrand atterrit au Qatar, ce confetti d\u2019\u00c9tat r\u00e9cemment lib\u00e9r\u00e9 du joug anglais. Le voici num\u00e9ro deux d\u2019une minuscule ambassade. Doha est alors un village de p\u00eacheurs, un seul h\u00f4tel, un vieux souk, pas de boutiques de luxe, quelques bateaux tanguent dans la baie o\u00f9 Ieoh Ming Pei, le c\u00e9l\u00e8bre architecte, \u00e9rigera plus tard un somptueux mus\u00e9e d\u2019art islamique. L\u2019\u00e9mirat somnole encore. Aux commandes, \u00ab un notaire de province \u00bb, le cheikh Khalifa Al-Thani, p\u00e8re de l\u2019ancien \u00e9mir, Hamad, et grand-p\u00e8re de l\u2019actuel, Tamim. Dans le Golfe, \u00e0 Riyad notamment, les Al-Thani sont consid\u00e9r\u00e9s comme des nouveaux riches. Ils ont beau descendre des m\u00eames tribus b\u00e9douines, on les m\u00e9prise un peu. Le cheikh Khalifa, soucieux de se d\u00e9tacher des Britanniques, se rapproche de la France. Les premiers accords militaires datent de cette \u00e9poque, les ventes d\u2019armes d\u00e9collent. Bertrand Besancenot fait la connaissance de Hamad Al-Thani, alors jeune ministre de la d\u00e9fense. Il fr\u00e9quente les pontes de Lagard\u00e8re et Dassault qui, plus tard, tenteront de l\u2019embaucher. Initiation aux n\u00e9gociations strat\u00e9giques qui demandent tant de politesses, de chasses aux faucons, de pourparlers sans fin, l\u2019apprentissage d\u2019une part essentielle du m\u00e9tier dans la r\u00e9gion. En 1980, Besancenot pr\u00e9pare la visite de Val\u00e9ry Giscard d\u2019Estaing \u00e0 Doha. \u00ab L\u2019\u00e9mir avait fait refaire pour l\u2019occasion le palais des h\u00f4tes de fa\u00e7on grandiose, se souvient-il. On m\u2019a introduit dans la suite pr\u00e9sidentielle, la salle de bains en marbre. Il y avait\u00a0des fleurs de lys azur peintes dans la cuvette des toilettes. \u00bb Un Qatari murmure fi\u00e8rement : \u00ab On nous a dit que votre pr\u00e9sident descendait de Louis XV ! \u00bb Giscard salue Besancenot, \u00e9bahi de le retrouver alors qu\u2019il jure l\u2019avoir quitt\u00e9 quelques heures plus t\u00f4t \u00e0 Bahre\u00efn&#8230; Il s\u2019agissait de son jumeau, Herv\u00e9, attach\u00e9 d\u2019ambassade dans le sultanat voisin. Les ins\u00e9parables se suivront toute leur carri\u00e8re, ravis de perp\u00e9tuer la longue\u00a0tradition des fr\u00e8res du Quai d\u2019Orsay. Pas \u00e0 pas, Bertrand Besancenot apprend les us et coutumes des Qataris, les chausse-trappes qu\u2019il faut \u00e9viter. Un jour, le cheikh Khalifa le convie sur son tr\u00f4ne, entour\u00e9 de gardes \u00e0 longs sabres,\u00a0d\u2019eunuques \u00e0 plumes, d\u2019oiseaux majestueux. \u00ab Vous m\u2019avez rendu service, choisissez ce que vous voulez \u00bb, dit-il en ordonnant qu\u2019on ouvre sa caverne \u00e9tincelante de bijoux, de bibelots, de dorures. Le jeune diplomate murmure qu\u2019il ne peut rien accepter. \u00ab Mais vous \u00eates un orientaliste, insiste le souverain. Vous savez que, chez nous, on ne refuse pas un cadeau. Allez prenez ce qu\u2019il y a de plus petit ! \u00bb Va pour une montre Omega, seul pr\u00e9sent de valeur accept\u00e9 \u00e0 ce jour, note Besancenot.<\/p>\n<p>Les Qataris exp\u00e9rimentent d\u00e9j\u00e0 la diplomatie du carnet de ch\u00e8ques, offrant \u00e0 tout-va des valises de cravates, de montres, et m\u00eame du cash. \u00ab Avec tous ces cadeaux, on va \u00eatre noy\u00e9 sous les visites de parlementaires \u00bb, s\u2019inqui\u00e8te-t-on alors \u00e0 l\u2019ambassade. Le jeune attach\u00e9, lui, observe la moisson des affid\u00e9s. Il garde ses distances, tout en tissant ses r\u00e9seaux au bras de son\u00a0\u00e9pouse, Maud, une infirmi\u00e8re fine et \u00e9nergique, fille d\u2019un s\u00e9nateur gaulliste. Chez les Besancenot, la diplomatie se vit en couple. Ils baptisent leur premier enfant Marie-Doha, joli souvenir du Qatar, avant de s\u2019envoler vers d\u2019autres postes : New York, Bruxelles, puis Gen\u00e8ve, \u00e0 la conf\u00e9rence du d\u00e9sarmement de l\u2019ONU.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-814\" src=\"http:\/\/emimer.com\/wp-content\/uploads\/2018\/05\/vanfairfr1805_article_064_01_032.jpg\" alt=\"\" width=\"492\" height=\"733\" srcset=\"https:\/\/emimer.com\/wp-content\/uploads\/2018\/05\/vanfairfr1805_article_064_01_032.jpg 492w, https:\/\/emimer.com\/wp-content\/uploads\/2018\/05\/vanfairfr1805_article_064_01_032-201x300.jpg 201w\" sizes=\"auto, (max-width: 492px) 100vw, 492px\" \/><\/p>\n<p><strong>DE M\u00c8RE EN FILS La cheikha Moza, r\u00e9cemment re\u00e7ue \u00e0 l\u2019\u00c9lys\u00e9e par Brigitte Macron. Son fils, l\u2019\u00e9mir du Qatar Tamim Al-Thani (page de droite), a eu droit aux honneurs d\u2019Emmanuel Macron.<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>\u00ab Vous \u00eates un orientaliste. Vous savez que, chez nous, on ne refuse pas un cadeau. Allez, prenez ce qu\u2019il y a de plus petit ! \u00bb<br \/>\nKHALIFA AL-THANI \u00c0 BERTRAND BESANCENOT<\/em><\/p>\n<p><strong>\u00ab Sept couches de tapis rouge \u00bb<\/strong><\/p>\n<p>Retour dans l\u2019\u00e9mirat en avril 1998, au poste d\u2019ambassadeur cette fois. Besancenot est re\u00e7u \u00e0 l\u2019\u00c9lys\u00e9e avant son d\u00e9part. \u00ab J\u2019ai un certain nombre de choses \u00e0 vous dire, s\u2019avance Jacques Chirac. Nous avons le quasi-monopole sur les armes et de gros int\u00e9r\u00eats \u00e0\u00a0d\u00e9velopper dans le secteur gazier. Mais le Qatar est f\u00e2ch\u00e9. \u00bb La brouille remonte au changement de pouvoir : en 1995, Hamad Al-Thani a profit\u00e9 d\u2019un s\u00e9jour de son p\u00e8re en Suisse pour le destituer. Il le jugeait frileux, r\u00e9trograde, inapte \u00e0 faire rayonner le Qatar. Il lui en voulait aussi d\u2019avoir toujours pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 son fr\u00e8re, un play-boy, habitu\u00e9 du bar du Fouquet\u2019s, et d\u2019avoir voulu emp\u00eacher son mariage avec Moza, cette splendeur, fille d\u2019un opposant. Le vieil \u00e9mir a tent\u00e9 de r\u00e9cup\u00e9rer son tr\u00f4ne.Une nuit de f\u00e9vrier 1996, soutenu par les Saoudiens, il a rassembl\u00e9 une petite arm\u00e9e au c\u0153ur de Doha. Hamad Al-Thani a alors appel\u00e9 l\u2019ambassadeur de France ; il cherchait de l\u2019aide. Mais personne n\u2019a boug\u00e9 tandis que les Anglais, eux, d\u00e9p\u00eachaient discr\u00e8tement des agents secrets autour du palais et que les Am\u00e9ricains mobilisaient leurs troupes. L\u2019\u00e9mir ne l\u2019a jamais pardonn\u00e9 aux Fran\u00e7ais. \u00ab Chirac m\u2019a dit : \u201cFaites ce qu\u2019il faut, se souvient Bertrand Besancenot. D\u00e9roulez sept couches de tapis rouge si \u00e7a leur fait plaisir.\u201d Ce petit pays a besoin de beaucoup de consid\u00e9ration et d\u2019affection. \u00bb<\/p>\n<p>Doha a bien chang\u00e9, les chantiers pullulent, les immeubles poussent comme des champignons. L\u2019ambassadeur porte ses\u00a0lettres de cr\u00e9ances \u00e0 Hamad Al-Thani, qui lui parle de la coupe du monde de football et pr\u00e9vient : \u00abLa relation franco-qatarie a \u00e9t\u00e9 d\u00e9truite par votre pr\u00e9d\u00e9cesseur.\u00bb Peu \u00e0 peu, les liens se r\u00e9chauffent.\u00a0Besancenot d\u00e9couvre \u00ab un intellectuel dr\u00f4le, iconoclaste, ayant horreur du conformisme des dirigeants du Golfe \u00bb. Le nouvel \u00e9mir entend r\u00e9volutionner son pays. Il s\u2019endette pour exploiter, avec l\u2019aide de Total, l\u2019immense champ gazier partag\u00e9 avec l\u2019Iran, North Field. Il d\u00e9ploie la cha\u00eene Al-Jazeera pour \u00ab donner la parole \u00e0 la rue arabe \u00bb, pr\u00f4ne un \u00ab wahhabisme \u00e9clair\u00e9 \u00bb, \u00e0 rebours de la dynastie Saoud qui donne, \u00e0 ses yeux, une mauvaise image de l\u2019islam. \u00c7a n\u2019emp\u00eachera pas le Qatar de soutenir des pr\u00eacheurs radicaux, de financer des groupuscules terroristes en Syrie, comme Al-Nosra, une \u00e9manation d\u2019Al-Qaida. Double discours, double jeu dont Besancenot n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 dupe. Il mettra cartes sur table. \u00ab Nous avons eu des discussions franches sur le sujet, confie le diplomate. Les Qataris ont le sens des opportunit\u00e9s sans toujours le recul.<\/p>\n<p>Hamad disait : \u201cIl faut se d\u00e9barrasser du tyran Assad. La bourgeoisie locale prendra le pouvoir.\u201d Je lui r\u00e9pondais : \u201cRegardez ce qu\u2019il s\u2019est pass\u00e9 en France avec l\u2019av\u00e8nement de la Terreur : chaque r\u00e9volution porte aussi ses monstres. Vous jouez avec le feu.\u201d \u00bb Dans le m\u00eame temps, l\u2019\u00e9mir ouvre grand sa porte aux Am\u00e9ricains qui s\u2019installent au sud de Doha, dans leur centre de commandement d\u2019Al-Oudeid, \u00e0 l\u2019endroit m\u00eame propos\u00e9 \u00e0\u00a0la France en 1991 pour implanter une base militaire. Besancenot se rend sur l\u2019immense site am\u00e9ricain, l\u2019occasion, quelque temps plus tard, d\u2019un autre dialogue avec le souverain.<\/p>\n<p>\u00abNe pensez-vous pas que vous \u00eates en train d\u2019installer un ogre dans la r\u00e9gion ?<\/p>\n<p>\u2013 Rassurez-vous, nous avons le moyen de tout contr\u00f4ler.<\/p>\n<p>\u2013 Permettez-moi d\u2019en douter, votre altesse. Finalement, pourquoi tenez-vous encore \u00e0 une coop\u00e9ration militaire avec la France ?<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-815\" src=\"http:\/\/emimer.com\/wp-content\/uploads\/2018\/05\/vanfairfr1805_article_064_01_042.jpg\" alt=\"\" width=\"591\" height=\"732\" srcset=\"https:\/\/emimer.com\/wp-content\/uploads\/2018\/05\/vanfairfr1805_article_064_01_042.jpg 591w, https:\/\/emimer.com\/wp-content\/uploads\/2018\/05\/vanfairfr1805_article_064_01_042-242x300.jpg 242w\" sizes=\"auto, (max-width: 591px) 100vw, 591px\" \/><\/p>\n<p><em>\u00ab Le Qatar est, avec l\u2019Arabie saoudite, le seul pays \u00e0 ne pas respecter la libert\u00e9 de culte. C\u2019est tr\u00e8s mauvais pour votre image, et tr\u00e8s mauvais pour les affaires. \u00bb<br \/>\nBERTRAND BESANCENOT<\/em><\/p>\n<p>\u2013 Les Am\u00e9ricains n\u2019agissent qu\u2019en fonction de leurs int\u00e9r\u00eats. Ils ont besoin de notre p\u00e9trole. Le jour o\u00f9 on ne leur sera plus utiles, ils partiront. Avec vous les Fran\u00e7ais, c\u2019est diff\u00e9rent ; je vois la mani\u00e8re dont vous vous comportez en Afrique&#8230; \u00bb<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9mir et le diplomate discutent fr\u00e9quemment, \u00e0 Doha, au palais ou sur la terrasse de sa villa, au nord de la capitale. Parfois, ils se retrouvent aussi \u00e0 Paris, comme ce jour de mars 2003, lors de l\u2019enterrement du magnat Jean-Luc Lagard\u00e8re. Sa veuve, Betty, les a r\u00e9unis avec leurs femmes, la cheikha Moza et Maud Besancenot. \u00ab Vous nous parlez tout le temps de l\u2019amiti\u00e9 franco-qatarie, ose l\u2019ambassadeur. Je vous croirai tout \u00e0 fait le jour o\u00f9 vous donnerez un fils \u00e0 Saint-Cyr. \u00bb Hamad Al-Thani, qui a envoy\u00e9 ses premiers gar\u00e7ons \u00e0 Sandhurst, la c\u00e9l\u00e8bre acad\u00e9mie militaire anglaise o\u00f9 il a lui m\u00eame \u00e9tudi\u00e9, est surpris. Puis l\u2019id\u00e9e surgit : pourquoi ne pas confier \u00e0 la France son fils Joaan, \u00ab ce cheval \u00e9chapp\u00e9 qui ne respecte rien \u00bb. \u00ab L\u2019arm\u00e9e lui apprendra peut-\u00eatre la discipline&#8230; \u00bb, souffle-t-il. Les parents qataris insistent : pas de privil\u00e8ge s\u2019il enfreint les r\u00e8gles. Un jour, la cheikha Moza appelle Besancenot : elle veut savoir si l\u2019A\u00efd est une f\u00eate nationale en France. Non, alors pourquoi son fils bulle-t-il \u00e0 Doha depuis quinze jours ? \u00ab Faites-le rapatrier imm\u00e9diatement \u00bb, ordonne son altesse. C\u2019est elle le cerveau, la poigne, la femme d\u2019affaires qui pilote aussi l\u2019\u00e9ducation au Qatar, avec un tropisme pour les universit\u00e9s am\u00e9ricaines, au grand dam de l\u2019ambassadeur qui peine \u00e0 pousser les \u00e9coles fran\u00e7aises. Quelques mois plus tard, le prince rebelle est arr\u00eat\u00e9 sur l\u2019autoroute, \u00e0 210 km\/h, sans permis, au volant de sa Ferrari. Il est loin de Saint-Cyr, au commissariat de Blois. \u00ab Alors Joaan, on est en taule ? \u00bb le taquine l\u2019ambassadeur. Heureusement, sa s\u0153ur, Mayassa, est plus sage. Francophone comme tous les enfants Al-Thani, elle vient en stage \u00e0 Paris, chez Lagard\u00e8re, h\u00e9berg\u00e9e par les Villepin, et passe des vacances en Vend\u00e9e, dans la propri\u00e9t\u00e9 des Besancenot.<\/p>\n<p>La diplomatie devient une affaire de famille. Les Al-Thani re\u00e7oivent l\u2019ambassadeur de France et son \u00e9pouse au mariage\u00a0de leur fils, Tamim, et aussi sur leur yacht, le\u00a0<em>Constellation,<\/em>\u00a0au large de Cannes, ou dans les terres, sur la terrasse de leur domaine de Mouans-Sartoux. Marie-Doha f\u00eate ses 20 ans au palais royal du Qatar. \u00ab Bertrand Besancenot a su cr\u00e9er des liens uniques \u00bb, reconna\u00eet, intrigu\u00e9, un haut fonctionnaire du Quai d\u2019Orsay. Tout pla\u00eet aux souverains du Golfe : son professionnalisme, sa ma\u00eetrise de l\u2019arabe, son humour, ses convictions\u00a0de monarchiste, \u00ab attach\u00e9 \u00e0 la d\u00e9mocratie \u00bb, pr\u00e9cise-t-il toujours avec malice. Et sa foi catholique ne pose aucun probl\u00e8me, bien au contraire. En terre wahhabite, rien n\u2019est plus inacceptable qu\u2019un homme qui ne croit en rien. \u00ab Hamad et moi discutions beaucoup de religion, confesse l\u2019ambassadeur. Je lui disais: \u201cVous \u00eates le seul pays, avec l\u2019Arabie saoudite, \u00e0 ne\u00a0pas respecter la libert\u00e9 de culte. C\u2019est tr\u00e8s mauvais pour votre image et tr\u00e8s mauvais pour les affaires.\u201d \u00bb Il convainc ainsi l\u2019\u00e9mir de recevoir l\u2019\u00e9v\u00eaque d\u2019Abou Dhabi. \u00ab Vous vous faites mener en bateau \u00bb, marmonne en chemin le dignitaire catholique, venu sans apparat. Hamad Al-Thani ressort ravi de l\u2019entretien : \u00ab La prochaine fois, vous viendrez avec la ceinture rouge et le crucifix. \u00bb Feu vert pour la construction d\u2019une \u00e9glise, financ\u00e9e par des dons, o\u00f9 les catholiques fran\u00e7ais se recueillentd\u00e9sormais avec les ouvriers philippins.\u00a0Pour ce miracle,\u00a0Beno\u00eet XVI d\u00e9corera Bertrand Besancenot de la grand-croix de l\u2019ordre de saint Gr\u00e9goire. Mais l\u2019\u00e9mir est embarrass\u00e9; d\u00e9sormais les Britanniques r\u00e9clament un temple, puis les t\u00e9moins de J\u00e9hovah s\u2019y mettent. \u00ab Les catholiques et les protestants, c\u2019est comme chez vous, les sunnites et les chiites \u00bb, lui explique Besancenot, qui sugg\u00e8re un\u00a0<em>\u00ab compound \u00bb<\/em>\u00a0(un quartier s\u00e9curis\u00e9) r\u00e9serv\u00e9 aux chr\u00e9tiens. Le Qatari accepte, d\u00e9sireux de montrer son ouverture, loin de l\u2019int\u00e9grisme saoudien.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-816\" src=\"http:\/\/emimer.com\/wp-content\/uploads\/2018\/05\/vanfairfr1805_article_064_01_052.jpg\" alt=\"\" width=\"326\" height=\"267\" srcset=\"https:\/\/emimer.com\/wp-content\/uploads\/2018\/05\/vanfairfr1805_article_064_01_052.jpg 326w, https:\/\/emimer.com\/wp-content\/uploads\/2018\/05\/vanfairfr1805_article_064_01_052-300x246.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 326px) 100vw, 326px\" \/><\/p>\n<p><em>\u00ab La femme est la plus belle cr\u00e9ation de Dieu. Et vous, vous cachez son visage. \u00bb<br \/>\n\u2014 BERTRAND BESANCENOT DEVANT UNE ASSEMBL\u00c9E DE RELIGIEUX SAOUDIENS<\/em><\/p>\n<p><strong>Coup de sang contre Sarkozy<\/strong><\/p>\n<p>Une abaya noire. Voici le cadeau de la cheikha Moza \u00e0 Maud Besancenot, pour affronter l\u2019Arabie saoudite, o\u00f9 son mari est nomm\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 2007. \u00ab Vous en aurez besoin l\u00e0-bas \u00bb, ironise la souveraine du Qatar. On est le 14 juillet. \u00c0 Paris, les Al-Thani re\u00e7oivent les Besancenot dans leur\u00a0<em>penthouse<\/em>\u00a0pench\u00e9 sur les Tuileries, la veille de leur d\u00e9part pour Riyad. D\u00e9jeuner chaleureux, promesse de se revoir, l\u2019ambassadeur reviendra chaque ann\u00e9e \u00e0 Doha. En attendant, l\u2019\u00e9lection de Nicolas Sarkozy r\u00e9jouit le clan Al-Thani. Open bar pour les investissements qataris en France, du PSG \u00e0 Veolia, de Vinci \u00e0 Accor, immobilier de luxe avec fiscalit\u00e9 avantageuse. Cela vaut bien de soutenir sans compter ce pr\u00e9sident, pour financer la lib\u00e9ration des infirmi\u00e8res bulgares ou la guerre en Libye. Il se murmure m\u00eame que l\u2019\u00e9mirat a pay\u00e9 le divorce de Sarkozy. Besancenot n\u2019\u00e9coute pas les rumeurs, trop content de se tenir loin des liaisons dangereuses, pendant que ses successeurs \u00e0 Doha en bavent. L\u2019un d\u2019eux s\u2019est m\u00eame vu gratifier par Sarkozy d\u2019un \u00ab pousse-toi, connard \u00bb, en public. \u00ab Avec le Qatar, les liens ont parfois \u00e9t\u00e9 un peu passionnels, \u00e9lude habilement\u00a0Besancenot. Avec les Saoudiens, la relation est plus sereine, plus mature. \u00bb<\/p>\n<p>Au c\u0153ur de l\u2019\u00e9t\u00e9 2007, l\u2019ambassadeur de France se pr\u00e9sente au palais royal de Riyad avec ses lettres de cr\u00e9ance. \u00ab Nous esp\u00e8rons que vous ne nous regardez pas avec des yeux de Qataris \u00bb, lui lancent plusieurs ministres du roi Abdallah. Sourire du diplomate : \u00ab Les Qataris sont des amis. Mais on n\u2019est pas toujours d\u2019accord avec ses amis. \u00bb Il l\u2019apprend vite : les Saoudiens ne tol\u00e8rent pas la moindre allusion au Qatar, deux millions d\u2019habitants, dont trois quarts d\u2019\u00e9trangers, un moustique compar\u00e9 au royaume de La Mecque et ses 32 millions de croyants. \u00ab Ils n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 colonis\u00e9s par un \u00c9tat occidental, rappelle le diplomate. Et dans leur esprit, l\u2019unit\u00e9 du pays s\u2019est faite seulement \u00e0 deux \u00e9poques : du temps de Mahomet et sous les Saoud, qui r\u00e8gnent depuis le<\/p>\n<p>XVIII<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle et sont \u00e0 l\u2019origine du prodigieux d\u00e9veloppement \u00e9conomique des ann\u00e9es 1970. Ne l\u2019oubliez jamais : ils marchent sur ces deux jambes.\u00bb Besancenot voyage d\u2019est en ouest, perce les subtilit\u00e9s de la soci\u00e9t\u00e9 tribale, le poids de ces grandes familles, comme les Ben Laden, riches \u00e0 milliards. Dans sa feuille de route, il y a des paquets de contrats \u00e0 finaliser, dans le domaine de l\u2019\u00e9nergie, des transports, de la d\u00e9fense, de la modernisation de la flotte saoudienne \u00e0 ce TGV a priori sur les rails qui \u00e9chappera au dernier moment \u00e0 Alstom. L\u2019ambassadeur s\u2019active, il faut profiter du rel\u00e2chement des liens avec les\u00a0\u00c9tats-grav\u00e9es \u00e0 son nom, envisage la venue de son chanteur favori, Charles Aznavour, \u00e0 Riyad (mais les 500 000 euros demand\u00e9s ne rentraient pas dans le budget de l\u2019ambassade) et pourquoi pas les chevaux de la Garde r\u00e9publicaine.<\/p>\n<p>Il en faut des attentions, car la politique de Sarkozy d\u00e9route parfois. \u00c0 l\u2019\u00e9t\u00e9 2008, le vieux roi pique un coup de sang en apprenant la visite de Bachar Al-Assad \u00e0 Paris, le 14 juillet, sur une suggestion du Qatar. Scandaleux, le dirigeant syrien est soup\u00e7onn\u00e9 d\u2019avoir commandit\u00e9 l\u2019assassinat du premier ministre libanais Rafic Hariri. Abdallah fait porter une missive indign\u00e9e \u00e0 Sarkozy. Qui fulmine. \u00ab Gr\u00e2ce \u00e0 Bertrand Besancenot, les choses se sont calm\u00e9es, confie l\u2019ancien secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019\u00c9lys\u00e9e, ClaudeGu\u00e9ant, alors missionn\u00e9 aupr\u00e8s du roi. Notre ambassadeur avait la confiance totale des Saoudiens. \u00bb Il faut slalomer entre les envoy\u00e9s sp\u00e9ciaux de la Sarkozie, le sulfureux interm\u00e9diaire AlexandreDjouhri qu\u2019il s\u2019efforce de tenir \u00e0 l\u2019\u00e9cart, Dominique de Villepin qu\u2019on le charge d\u2019introduire aupr\u00e8s du roi en 2011. \u00ab En d\u00e9mocratie, vous avez beaucoup de choses surprenantes\u00bb, s\u2019\u00e9tonne-t-on au palais, qui cette fois ne donne pas suite.<\/p>\n<p>Besancenot escorte au c\u0153ur du pouvoir saoudien les grands patrons, les ministres comme Herv\u00e9 Morin, ou Christine Lagarde, tr\u00e8s appr\u00e9ci\u00e9e du roi. Avec Bernard Kouchner, c\u2019est plus rude. Le ministre des affaires \u00e9trang\u00e8res se pr\u00e9sente en jean, sans cravate, pas ras\u00e9. DansUnis, ces alli\u00e9s d\u00e9sormais plus distants avec Obama. Il se rapproche du ministre du commerce, des affaires \u00e9trang\u00e8res, du tout-puissant vizir Khaled Touijri, alors directeur du cabinet du roi. Abdallah re\u00e7oit Besancenot dans ses palais, \u00e0 Riyad, ou dans le d\u00e9sert. Conversation en arabe, parfois sans interpr\u00e8te. On parle business, s\u00e9curit\u00e9, diplomatie. L\u2019ambassadeur de France a le sens du geste ; il offre au monarque des boules de p\u00e9tanque\u00a0la Mercedes saoudienne blind\u00e9e qui le conduit au palais, il \u00e9ructe : \u00ab Ce mec, qu\u2019est-ce qu\u2019il se paie comme baraque&#8230; Et dire qu\u2019on critique Omar Bongo ! \u00bb L\u2019ambassadeur avale sa salive, d\u00e9signe d\u2019un doigt f\u00e9brile les micros cach\u00e9s dans l\u2019habitacle. Devant le roi, Kouchner multiplie les faux pas, donneur de le\u00e7ons sur la situation en Irak. Et il recommence le soir, lors d\u2019un d\u00eener en faveur de femmes de la haute soci\u00e9t\u00e9 saoudienne. \u00c0 peine si\u00a0le\u00a0<em>\u00ab french doctor \u00bb<\/em>\u00a0ne les traite pas d\u2019arri\u00e9r\u00e9es : \u00ab Vous \u00eates professeur d\u2019universit\u00e9 et on vous emp\u00eache de conduire. Comment acceptez-vous \u00e7a ? \u00bb Une dame lui r\u00e9pond que l\u2019autorisation d\u2019un homme appel\u00e9 \u00ab mahram \u00bb (une sorte de tuteur qui peut \u00eatre le mari, un fr\u00e8re, un oncle) est n\u00e9cessaire pour tout : sortir, travailler, convoler. \u00ab Qu\u2019est-ce qu\u2019ils sont cons, ces musulmans \u00bb, soupire Kouchner sur le trajet du retour.<\/p>\n<p>Les temps changent avec l\u2019arriv\u00e9e de Fran\u00e7ois Hollande en 2012. Laurent Fabius est plus subtil et les relations avec le nouveau pr\u00e9sident sont bonnes. Le roi appr\u00e9cie son humour. Besancenot aussi : \u00ab Vous vous en fichez de ce que je vous dis, hein, puisque vous \u00eates royaliste \u00bb, lui glisse Hollande un jour en roulant vers l\u2019a\u00e9roport de Riyad. Le chef de l\u2019\u00c9tat mesure \u00e0 chaque visite combien cet ambassadeur est aim\u00e9. Les Saoudiens ne veulent pas le laisser partir. \u00ab Tant que je serai vivant, vous resterez, a jur\u00e9 le vieil Abdallah en tapotant sur la main de Besancenot. Vous \u00eates notre meilleur ambassadeur en France. \u00bb Le roi a notamment appr\u00e9ci\u00e9 l\u2019intervention du diplomate en 2011 devant l\u2019Assembl\u00e9e nationale. Il l\u2019assurait alors : il n\u2019y aurait pas de printemps arabe en Arabie saoudite. Certains avaient \u00e0 ce moment-l\u00e0 soup\u00e7onn\u00e9 Besancenot de\u00a0souffrir \u00ab du syndrome de Stockholm \u00bb. Mais il maintenait ses positions, pas de soul\u00e8vement en vue dans un royaume o\u00f9 tout est sous contr\u00f4le, avec une classe moyenne ais\u00e9e, peu de pauvres, pas d\u2019opposition. Au m\u00eame moment, en \u00c9gypte, en Tunisie, les Qataris soufflaient sur les braises en poussant les Fr\u00e8res musulmans \u00e0 prendre le pouvoir.<\/p>\n<p>Le roi Abdallah est reconnaissant. En 2013, il promet 2,5 milliards d\u2019euros pour l\u2019achat de mat\u00e9riel militaire fran\u00e7ais \u00e0 destination du Liban. (Les armes ne seront finalement pas livr\u00e9es \u00e0 Beyrouth, d\u00e9sormais jug\u00e9e sous emprise de T\u00e9h\u00e9ran.) Les autorit\u00e9s du royaume ont confiance en Besancenot, elles ferment les yeux sur les messes du jeudi \u00e0 la r\u00e9sidence, les f\u00eates organis\u00e9es par Maud, d\u00e9fil\u00e9s de mode caritatifs et autres soir\u00e9es \u00e0 th\u00e8me \u2013 vendanges, Cara\u00efbes&#8230; \u2013 avec cocktails et vins fins. Un jour, l\u2019ambassadeur re\u00e7oit une lettre de menace : \u00ab Sale porc, je t\u2019ai vu dans ta voiture derri\u00e8re ton drapeau. Je n\u2019avais pas de couteau mais la prochaine fois&#8230; \u00bb Sa 607 blind\u00e9e croise parfois des yeux vengeurs, mais il pr\u00e9f\u00e8re les ignorer. Et quand la tension monte, notamment apr\u00e8s la loi sur la burqa ou l\u2019affaire des caricatures de\u00a0<em>Charlie Hebdo,<\/em>\u00a0le diplomate va au charbon. Il multiplie les rencontres. Le voici un soir \u00e0 d\u00eener devant une assembl\u00e9e\u00a0de barbus en dishdasha. Souvenirs d\u2019explications cocasses sur le concept de la\u00efcit\u00e9. Il n\u2019a rien oubli\u00e9 : \u00ab Je leur ai dit sur tous les tons : \u201cIl\u00a0faut que vous respectiez notre libert\u00e9 chez nous, comme nous respectons vos lois dans votre pays.\u201d \u00bb Regards noirs et dialogue de sourds. Avant de partir, le diplomate tente de d\u00e9tendre l\u2019atmosph\u00e8re : \u00ab Au fond, nous sommes tous croyants, mais nous n\u2019aimons pas Dieu de la m\u00eame fa\u00e7on. Regardez, on est d\u2019accord : Dieu a tout cr\u00e9\u00e9. \u00bb Accord autour de la table. \u00ab La femme est bien sa plus belle cr\u00e9ation, poursuit-il. Nouvel acquiescement. Et vous, vous cachez son visage. \u00bb Enfin, quelques sourires percent sous les barbes :\u00a0<em>\u00ab You have the point ! \u00bb<\/em><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-large wp-image-817\" src=\"http:\/\/euromenaenergy.com\/wp-content\/uploads\/2018\/05\/vanfairfr1805_article_064_01_062-1024x661.jpg\" alt=\"\" width=\"640\" height=\"413\" srcset=\"https:\/\/emimer.com\/wp-content\/uploads\/2018\/05\/vanfairfr1805_article_064_01_062-1024x661.jpg 1024w, https:\/\/emimer.com\/wp-content\/uploads\/2018\/05\/vanfairfr1805_article_064_01_062-300x194.jpg 300w, https:\/\/emimer.com\/wp-content\/uploads\/2018\/05\/vanfairfr1805_article_064_01_062-768x495.jpg 768w, https:\/\/emimer.com\/wp-content\/uploads\/2018\/05\/vanfairfr1805_article_064_01_062.jpg 1110w\" sizes=\"auto, (max-width: 640px) 100vw, 640px\" \/><\/p>\n<p><strong>SON AMI LE ROI Bertrand Besancenot aux Invalides avec des dignitaires saoudiens lors d\u2019une visite officielle du prince h\u00e9ritier en septembre 2014.<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>La trahison de Hollande<\/strong><\/p>\n<p>Dieu, encore et toujours. C\u2019est aussi un sujet avec le roi Abdallah. Besancenot ne l\u2019a pas convaincu d\u2019ouvrir une \u00e9glise, mais au moins peut-il faire venir, en catimini, quelques pr\u00eatres. Au cr\u00e9puscule de sa vie, le roi malade s\u2019est confi\u00e9 : \u00ab Beaucoup de gens s\u2019interrogent sur le sens \u00e0 donner \u00e0 la vie avec le\u00a0consum\u00e9risme, tout ce que la mondialisation offre, \u00e7a ne suffit pas. Nous, les politiques, comme les religieux avons un r\u00f4le \u00e0 jouer. J\u2019appr\u00e9cie les gens qui, comme vous, pensent qu\u2019il y a quelque chose au-del\u00e0. \u00bb Abdallah meurt fin janvier 2015 et son demi-fr\u00e8re, Salman, 79 ans, prend sa place. Il manifeste aussit\u00f4t sa volont\u00e9 de garder l\u2019ambassadeur de France, qu\u2019il a connu quand il \u00e9tait gouverneur de Riyad. Besancenot lui a pr\u00e9sent\u00e9 nombre de politiques et de dirigeants. Discr\u00e8tement, il lui a aussi adress\u00e9 quelques ardoises de Saoudiens partis sans payer celles d\u2019un palace ou d\u2019une luxueuse boutique en France. \u00abPour l\u2019image de la maison Saoud&#8230; \u00bb a maintes fois plaid\u00e9 Besancenot dans ses courriers. Le jeune prince, MBS, alors chef de la maison royale, a toujours r\u00e9gl\u00e9 sans commentaires. Il tenait ainsi la liste des mauvais sujets, consignait des preuves dont il se servirait plus tard. L\u2019h\u00e9ritier prend du galon. D\u00e9but\u00a02015, il re\u00e7oit Besancenot pour lui annoncer que le roi entend investir une cinquantaine de milliards dans des projets fran\u00e7ais. Champagne au Quai d\u2019Orsay. Dans la foul\u00e9e, Fran\u00e7ois Hollande est\u00a0convi\u00e9, d\u00e9but mai 2015, \u00e0 participer au conseil de coop\u00e9ration du Golfe en tant qu\u2019invit\u00e9 d\u2019honneur. Une premi\u00e8re pour un Occidental. Devant tout le monde, le roi Salman demande \u00e0 Hollande que Besancenot mette en \u0153uvre le plan d\u2019investissements. Lui qui comptait enfin partir\u00a0comme ambassadeur de France au Saint-Si\u00e8ge&#8230; Il accepte la mission \u00e0 condition de pouvoir rester en Arabie saoudite jusqu\u2019\u00e0 sa retraite. Hollande le lui promet. Le ciel est clair, Besancenot encourage alors MBS et son p\u00e8re \u00e0 passer des vacances dans leur propri\u00e9t\u00e9 de Vallauris, o\u00f9 ils n\u2019ont pas mis les pieds depuis dix ans. Ce serait un beau signe d\u2019amiti\u00e9.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-818\" src=\"http:\/\/emimer.com\/wp-content\/uploads\/2018\/05\/vanfairfr1805_article_064_01_072.jpg\" alt=\"\" width=\"764\" height=\"854\" srcset=\"https:\/\/emimer.com\/wp-content\/uploads\/2018\/05\/vanfairfr1805_article_064_01_072.jpg 764w, https:\/\/emimer.com\/wp-content\/uploads\/2018\/05\/vanfairfr1805_article_064_01_072-268x300.jpg 268w\" sizes=\"auto, (max-width: 764px) 100vw, 764px\" \/><\/p>\n<p><strong>COUP DE MAIN Bertrand Besancenot et le ministre saoudien de l\u2019int\u00e9rieur Mohammed Ben Sayef \u00e0 l\u2019\u00c9lys\u00e9e, pour une rencontre avec Fran\u00e7ois Hollande en 2013.<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>En juillet 2015, le roi d\u2019Arabie saoudite, vex\u00e9, quitte Vallauris avec sa cour. \u00ab Les Saoudiens ont parfois du mal \u00e0 nous comprendre \u00bb, souffle Besancenot.<\/em><\/p>\n<p><strong>Couper l\u2019antenne d\u2019Al-Jazeera<\/strong><\/p>\n<p>En juillet 2015, le roi d\u00e9barque ainsi avec sa cour de mille personnes, pr\u00eates \u00e0 d\u00e9penser des millions d\u2019euros chaque jour. Les commer\u00e7ants se r\u00e9jouissent, mais la pol\u00e9mique enfle dans la presse : la petite plage en contrebas de la villa royale a \u00e9t\u00e9 ferm\u00e9e aux vacanciers et il se dit que Salman aurait protest\u00e9 contre la pr\u00e9sence d\u2019une polici\u00e8re. Besancenot s\u2019emploie \u00e0 d\u00e9gonfler l\u2019affaire, sugg\u00e8re \u00e0 Hollande de passer un coup de fil d\u2019apaisement aux Saoudiens. Mais \u00e7a ne sert \u00e0 rien. Le roi, vex\u00e9, s\u2019en va. \u00ab Les Saoudiens ont parfois du mal \u00e0 nous comprendre \u00bb, souffle l\u2019ambassadeur. Lui aussi est humili\u00e9. \u00c0 l\u2019automne 2016, il apprend par hasard la nomination de son rempla\u00e7ant. C\u2019est fini, il doit quitter le royaume saoudien. Hollande n\u2019a pas tenu promesse.<\/p>\n<p>\u00ab Que vaut-il, ce Macron ? \u00bb lui demande-t-on depuis Doha et Riyad durant la campagne pr\u00e9sidentielle. MBS a pris quelques informations aupr\u00e8s de Jacques Attali, cet habitu\u00e9 du royaume qu\u2019il c\u00f4toie depuis des ann\u00e9es. Tous les princes du Golfe s\u2019interrogent : le candidat En marche! a promis qu\u2019il n\u2019aurait \u00ab aucune complaisance \u00bb \u00e0 leur \u00e9gard, laissant entendre qu\u2019il reviendrait sur les\u00a0conventions fiscales. Besancenot conna\u00eet peu Macron \u00e0 qui il a seulement pr\u00e9sent\u00e9 quelques investisseurs saoudiens, \u00e0 l\u2019\u00e9poque de Bercy. Lui, il fait campagne pour Fillon, planche sur le programme diplomatique tandis que Marie-Doha, sa fille devenue normalienne, \u0153uvre sur\u00a0les discours. Chacun ses opinions. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, les Saoudiens ne sont pas contre un deuxi\u00e8me mandat de Hollande. Les Al-Thani, eux, ont souffert sous son quinquennat, s\u2019estimant victimes d\u2019un \u00ab Qatar\u00a0<em>bashing \u00bb<\/em>\u00a0exclusivement fran\u00e7ais qu\u2019ils tentent encore de comprendre. Quelle ingratitude apr\u00e8s tous ces millions d\u00e9pens\u00e9s, notamment dans les Rafale et autres b\u00e2timents historiques vendus par le Quai d\u2019Orsay. En v\u00e9rit\u00e9, les Qataris paient leur proximit\u00e9 avec Sarkozy. Pourtant, jusqu\u2019au bout, ils ont esp\u00e9r\u00e9 son retour. \u00ab Le seul v\u00e9ritable homme d\u2019\u00c9tat \u00bb, disaient-ils.<\/p>\n<p>Les Qataris ont fait les mauvais choix, m\u00eame en Am\u00e9rique o\u00f9 ils ont financ\u00e9 la campagne de Hillary Clinton. Donald Trump n\u2019oublie rien : depuis son \u00e9lection, il soutient sans r\u00e9serve l\u2019Arabie saoudite, partenaire historique, y compris pour ses propres affaires (plusieurs princes ont notamment investi dans la tour Trump). Le jeune MBS lui pla\u00eet avec son style direct, sa haine de l\u2019Iran, son go\u00fbt du business. D\u00e9j\u00e0 380 millions de dollars (300 millions d\u2019euros) de contrats rafl\u00e9s en mai lors d\u2019un premier voyage \u00e0 Riyad. \u00c0 ce prix-l\u00e0, pas de quartier pour le Qatar. En juin, sur Twitter, Trump accuse l\u2019\u00e9mirat de soutenir \u00ab l\u2019extr\u00e9misme religieux au plus haut niveau \u00bb. Et tant pis si le pays\u00a0abrite toujours la plus grande base militaire am\u00e9ricaine du Golfe. Il met de l\u2019huile sur le feu, l\u00e9gitimant en quelque sorte le blocus. Sa lev\u00e9e est conditionn\u00e9e \u00e0 une liste de mesures intenables, comme la fermeture d\u2019Al-Jazeera. Les Qataris, furieux, s\u2019arment jusqu\u2019aux dents et se rapprochent de la Turquie et de l\u2019Iran. Le Kowe\u00eft, d\u00e9sign\u00e9 comme m\u00e9diateur, demande de l\u2019aide \u00e0 la France. Et Besancenot est appel\u00e9 par Macron pour d\u00e9m\u00ealer ces fils inextricables. Il retrouve ainsi son vieil ami Hamad, et Tamim, ce fils jadis peu port\u00e9 sur la politique et devenu h\u00e9ros national. En face, le jeune MBS, d\u00e9cid\u00e9 lui aussi \u00e0 entrer dans l\u2019histoire. Et Trump qui a os\u00e9 d\u00e9mettre en un tweet son secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat Rex Tillerson, seul partisan d\u2019une ligne sage dans la crise. Il faut garder la foi.<\/p>\n<p>Entre deux tourn\u00e9es dans la p\u00e9ninsule arabique, Besancenot s\u2019est rendu \u00e0 Washington en f\u00e9vrier. Il voulait s\u2019assurer que l\u2019administration am\u00e9ricaine soutiendrait r\u00e9ellement les efforts de paix. C\u2019est d\u00e9cid\u00e9, Macron entend jouer un r\u00f4le dans la poudri\u00e8re du Golfe. Besancenot l\u2019y pr\u00e9pare en coulisses. \u00ab Nul n\u2019est besoin d\u2019esp\u00e9rer pour entreprendre \u00bb, dit-il. Pas m\u00e9content de servir enfin un pr\u00e9sident qui a tout d\u2019un monarque.<\/p>\n<p><strong>DROIT DE R\u00c9PONSE<\/strong><\/p>\n<p>Nous avons re\u00e7u de Jean-Pierre Mounet, de l\u2019association\u00a0<strong>Interstices<\/strong>, le courrier suivant : \u00ab Dans son n<sup>o<\/sup>\u00a054 de f\u00e9vrier 2018,\u00a0<em>Vanity Fair<\/em>\u00a0a publi\u00e9 un article consacr\u00e9 \u00e0 Edwy Plenel, en mettant en cause l\u2019association Interstices dont je suis le copr\u00e9sident. Je tiens \u00e0 pr\u00e9ciser que notre association n\u2019a rien \u00e0 voir, ni de pr\u00e8s ni de loin, avec la mouvance des Fr\u00e8res musulmans. Pour nous, il est infond\u00e9 et invraisemblable que M. El Korchi, traducteur en arabe du livre d\u2019Edwy Plenel\u00a0<em>Pour les musulmans,<\/em>\u00a0appartienne \u00e0 ce mouvement. Comme cela est indiqu\u00e9 sur notre site\u00a0asso-interstices.fr, nous sommes une association la\u00efque et citoyenne oppos\u00e9e \u00e0 tous les extr\u00e9mismes et dont les objectifs statutaires et les activit\u00e9s sont ax\u00e9s sur l\u2019interculturalit\u00e9, le renforcement des liens franco-marocains et la lutte contre les discriminations, notamment de genre. Je suis profond\u00e9ment choqu\u00e9 que cette association que je copr\u00e9side soit assimil\u00e9e \u00e0 un mouvement consid\u00e9r\u00e9 comme tr\u00e8s loin de la tol\u00e9rance et des valeurs r\u00e9publicaines et la\u00efques qui nous portent. \u00bb<\/p>\n<p>Nous maintenons l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 de nos informations sur les liens entre M. El Korchi et le Qatar. \u2014 SOPHIE DES D\u00c9SERTS<\/p>\n<p><strong>VANITY FAIL<\/strong><\/p>\n<p>Dans la page \u00ab table d\u2019addiction \u00bb du m\u00eame num\u00e9ro, nous avons interverti par erreur les\u00a0<strong>chaussures<\/strong>\u00a0Roger Vivier et Nicholas Kirkwood, attribu\u00e9 une sandale Clergerie (la marque) \u00e0 Robert Clergerie (son cr\u00e9ateur) tandis que le soulier (ferm\u00e9) Giorgio Armani n\u2019\u00e9tait clairement pas un escarpin (ouvert) d\u2019Orsay (d\u00e9pourvu d\u2019ailes de quartier).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>UN ENVOY\u00c9 tr\u00e8s sp\u00e9cial Dans la poudri\u00e8re du Golfe o\u00f9 la guerre couve entre le Qatar et l\u2019Arabie saoudite, Emmanuel Macron s\u2019est trouv\u00e9 un guide atypique : un diplomate arabophone, pieux et&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[55,108,172,180,193,233,256,270,281],"class_list":["post-811","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-uncategorized","tag-bahrain","tag-emirates","tag-ksa","tag-macron","tag-moza","tag-qatar","tag-saudi","tag-tamim","tag-uae"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/emimer.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/811","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/emimer.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/emimer.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/emimer.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/emimer.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=811"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/emimer.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/811\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/emimer.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=811"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/emimer.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=811"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/emimer.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=811"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}